dimanche 19 avril 2015

Au Palais de Carthage



Quand à un journaliste,la profession offre une  opportunité d’être « témoin- observateur « du centre du Pouvoir, l’on s’attend qu’avec- la distance- qu'il parvienne à analyser objectivement les mécanismes d’un système. où informer rimait alors avec gouverner. 
    Un système fermé sur lui-même et dont le discours dit de « bois » participait à la déformation linguistique des faits dans le dessein politique de légitimer le pouvoir et l’apologie de des acquis. 
     Avec Habib Bourguiba ,la Tunisie a réalisé certes des acquis indéniables ne serait -ce que d’avoir placé son train sur les rails de la modernité , comme il se plaisait à le répéter .
. Etre reporter (intérimaire) au Palais de Carthage – qu’on le veuille ou non s’apparente davantage –dans un système brillant de façon terne –par l’absence de la liberté d’expression subordonnée à un non -droit à l’information- au rôle (complaisant )de rapporteur ou de procès verbaliste.
    . Ainsi en était il . En succédant au confrère H.Lakhal ( rip  ), Mehdi H.était devenu le reporter attitré de l’agence de presse TAP auprès du Palais  présidentiel.
     Cependant, les circonstances ont voulu que Mehdi  s'eclipse pour motif de santé ou de repos . Et  le choix a  porté sur  Bibi  pour en assurer l’intérim .
    Pour mémoire durant un peu plus de deux semaines- C’était sous le gouvernement de Mohamed Mzali au cours de l’an 83. Pour un jeune journaliste c’était un cadeau inestimable : vivre l’émotion du palais et voir en chair et en os le couple présidentiel. 
     Premier jour, premier choc : Bourguiba n’était pas aussi grand (de taille) que je l’imaginais. 
Une stature ,toutefois  à la hauteur.Vers neuf heures du matin, il quitte accoudé au bras de son encore  épouse Wassila sa chambre vers un spacieux bureau empruntant un couloir ,aux  cimaises tapissées de portraits de certains Beys de Tunisie . 
    En le traversant ,le couple présidentiel reçoit en chœur le chaleureux « bonjour monsieur le Président! » de l’équipe de la TV nationale et de son photographe-historiographe , feu Habib Osman . Quand à bibi ,encore une surprise : le regard de Feue Wassila ( la première dame)est attiré par une broche dorée représentant deux palmiers que je portais à la boutonnière . 
--- Tu es de la Tap, c’est quoi cette broche, elle est jolie et  ta cravate ? 
---- Elle représente Tozeur , ma ville natale.je vous l’offre avec plaisir et je ne porte pas de cravate aujourd’hui -
---Merci ,nous allons prochainement nous rendre dans cette belle et sympa région.
     Débute ensuite, le bal des audiences. Le directeur du protocole, Abdelmajid Karoui introduit au bureau présidentiel le premier ministre. 
  Salamaleks... Quelques rushs pour la tv et la porte se referme. 
Le représentant de l’agence dispose d’un bureau –exigu-  et offre un vue d’ensemble sur le hall officiel du palais et de sa bibliothèque. Trente minutes environ, Mohamed Mzali se sort  en forme olympienne et se dirige vers mon  bureau . 
Et de déclarer :« j’ai présenté au" combattant suprême" un rapport sur les activités du gouvernement etc et le président Bourguiba a décidé etc…. » .
       Mzali a le verbe facile et fait souvent usage de termes savants en arabe littéraire. Pédagogue il accepte d’être rectifié sur le plan formel et ne se fâche pas – comme  nombre de ses ministres-lorsqu'on 
leur recommande de ne pas traiter plusieurs sujets dans une seule déclaration.... 
Pour contourner le conseil du journaliste, certains ministres font parvenir au siège de l'agence ,située au centre de la capitale des rallonges écrites ou téléphonées par leurs subordonnés .
L’indignation du journaliste-in situ- est classée sans suite comme est classée « sans suite » l’information collectée indirectement sur le prochain déplacement au Jérid (sud ouest du pays)du couple présidentiel . A
propos  des ministres coléreux, deux anecdotes: 
   Au sortir d’une longue audience le ministre de l’intérieur quitte le bureau présidentiel chargé d’un volumineux dossier de paperasses - 
   ---« Pour la tap , comme d’habitude écrivez que j’ai fait un exposé sur la situation sécuritaire dans le pays » lance furtivement ,Driss Guiga- 
----Monsieur le ministre comment   caractérisez-vous cette situation ? 
----De quoi tu te mêles ,rétorque t il ( en arabe dialectal  ajoutant le grossier  : de quoi tu te mêles de »la religion de sa mère »  .Une métaphore insolente et blessante.

    Suite à chaque audience, des membres d'intendance du palais s’agglutinaient autour de moi pour se renseigner sur la teneur des déclarations et surtout de nouvelles nominations .Un jour, A Karoui me prend en aparté en m’intimant d’éviter de parlementer avec« ces personnes » et remarque également que je ne portais pas toujours de cravate.
 ----Ces personnes , je les renvoie poliment à la lecture du fil de l’agence  .Quant à la question de la cravate je l’ai réglée avec la première dame de Tunisie qui m’en a pas refait la remarque .
       Je déteste qu'on impose  une corde  à mon coup! . Et puis a -ton  vu une cravate  écrire un article..?.  Il baissa le regard en regagnant son bureau . Quelques années plus tard et suite à sa réhabilitation par l’ex président Ben ALI, j’ai croisé M.Guiga plus décontracté. (sourire sécurisé et moins de bullshit)- 
La deuxième anecdote concerne Mohamed KRAIEM , ministre de la jeunesse et des sports . Le président BOURGUIBA semblait ce jour là remonter contre lui.IL ne le reçoit pas à son bureau mais debout devant la porte de la bibliothèque.
     Le ton montait . Deux minutes chrono .Les deux hommes se quittent . Au bureau de presse, le ministre reprend son souffle .IL part dans une longue tirade où il fait l’éloge de la « clairvoyance du combattant suprême…. Et prolixe sur le préparatifs en cours pour célébrer son glorieux anniversaire .. etc » J’ai fait remarquer à mon interlocuteur que l’audience debout n'avait duré que  « deux minutes « alors que sa déclaration dépasse les dix minutes .Etant témoin oculaire de la scène ,je ne peux objectivement prendre cette responsabilité et vous prie de l’adresser par écrit au siège l’agence .Chose faite mais le ministre l’a pris pour « humiliation » d’après les échos . Au siège de l’agence , on mijote la relève du garçon "impertinent" ...La liste des anecdotes pourrait s'étirer …. Moralité :Sans outrecuidance, quand on assume on peut placer chacun à sa place ,à condition de faire preuve d’intégrité et de dignité -
    .Sans prétendre assigner au journaliste le rôle qu’assume en démocratie un opposant politique, il lui incombe impérativement de défendre la liberté d’expression pour ne pas faillir à sa mission et entraîner le public dans la médiocratie....

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