mercredi 11 novembre 2020

S'agapo

       A travers  le nuage de fumée des cigarettes,l'ambiance se faisait feutrée.Dans ce lieu,au centre de Tunis mi bar,mi restaurant et semblant de bordel,toutes les catégories sociales s'y mêlaient. L'atmosphère était de la fête...La bière fraîche, le vin et les spiritueux coulaient à flot.La tempérance n'est pas ,en général au goût de l'echanson. C'est que la dive, dans ce pays est plus lucrative que la bouffe...Dans l'insouciance de la distanciation physique qu' impose la pandémie covid ,les habitués d'une kitsch dolce vita semblent indifférents aux conséquences de la contagion.

      Ils se croient à l'abri pour avoir passé à l'entrée  du local le test de la température  gardée par deux malabars ,à la voix cassée mais rassurante. 

   Des filles de joie y ont pris leurs quartiers.Elles se laissent entraîner par les clins d'oeil de riches clients, venus de zones rurales.Les  ventes des récoltes  ont gonflé leur porte porte-monnaie en billets de dinars moisis.

     Au tour de danse,la musique se fait traditionnelle et robuste -en décibels-avec les plaintes et des ratés sentimentaux... Quelques hommes et femmes s'emportent dans de mouvements saccadés ...

     Ce streap-tease fait tourner la tête  aux plus éméchés. Des billets de banque pleuvent ,tandis que des attablés aux gros ventres lèvent les bras pour dandiner ou dessiner des demi-cercles en poussant des cris de soulagement...Le plaisir  de la table s'associe au jeu des hanches aguichantes.

   J'occupais une place au coin.Seul,je surplombais ce panorama qui me ramène aux années fastes de Tunis la nocturne,du chant et de la danse,au delà de minuit.Covid oblige, cafés et bars doivent desormais fermer avant le coucher du soleil.Des boules quies ont sauvé mes fragiles tympons...

   De l'autre bout de la salle,une mignonne me fait signe de la main.On ne s'était jamais parlé auparavant .Je lui rends le salut gestuel. Les lampadaires de la salle commencent à clignoter,signe pour annoncer l' imminente fin de partie..

     Surprise,elle se pointe en face de moi  occupant une chaise vide.Dans la pénombre, je la dévisage. Un joli minois que coiffe une coupe garçonne. Des yeux brillants et noirs.En guise de boucles d'oreille,un cercle de jasmin.Son visage lisse et lumineux me transporte  soudain vers un autre visage  d'amie croisée à Salonique,au nord de la Grèce ...

La circonstance  était  différente. Ce jour là, la terre frissonait sous nos pieds.Elle n'a pas cessé de trembler, trois jours durant.La panique et la peur de mourir sous les décombres avaient accentué alors le désir commun de fusionner  physiquement... Les vestiges de couples ensevelis dans la lave du Vésuve à Pompéi retraversent ma mémoire. Une saveur de la mort  emplit ma bouche.Je ne savais pas comment expliquer à la créature  féminine en face de moi l' état  mental dans lequel j'étais englouti.Inutile.

    De toute évidence.Directe.Sa chatte semblait la gratter.Sa pensée était sous l'emprise du désir de terminer la nuit entre les bras d'un mec..Manque de (peau,) pour elle d'être tombée sur quelqu'un qu'on ne tire pas facilement ni par le nez ,encore moins par la bite! 

Question de moralité et de goût...

   Le soir,je me suis endormi sur une tonalité moyenne en voguant sur un nuage bleu:

"Sagapo"! résonnait Dalaras...





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