samedi 6 juin 2015

Tunisie :BARGOU : La lente revitalisation


 
          L’inauguration  d’une nouvelle unité d’exploitation et de conditionnement d’eau de source naturelle à Jebel Bargou  a fourni  l’opportunité de renouer  le contact avec  des parcelles de la région de Siliana – au nord ouest  tunisien – n’y ayant  pas mis  les pieds  depuis l’an 2000 .
           Subjugué à l’époque par la beauté du site naturel et archéologique je n’ai  pas   focalisé sur les  aspects -pourtant visibles-  de l’extrême dénuement  de la population  locale. J’admets que son sens   altier de la fierté et de la réserve  imposait le  silence respectueux .IL était  indécent alors  de questionner  des gens humbles sur leur condition alors qu’ils portaient des visages  éclatants  de vigueur  et d’optimisme. Une richesse (intérieure) dans la pauvreté (extérieure) .Peut être.
           Mais cette fois la boule  fut submergée par tant d’interrogations en relevant   le frappant paradoxe entre les plaines  ondulantes et pleines  de cultures céréalières ;les richesses hydriques et l’état  piteux  dans lequel se trouve – à titre d’exemple -l’infrastructure dans le continuum  de patelins de Sodka-Dkhila- Ain boussadia-Sidi M’tir- Al Hdadia et Drija … Je présume  que ces dénominations parlent davantage à une carte  d’etat major qu’à la majorité des compatriotes  déconnectés et dont le pays  trans-réel se  glane  désormais  sur l’écran  tactile que sur la glèbe concrète .
          En effet l’unique étroit  et sinueux sentier relève du  parcours du combattant. Les patelins se dépeuplent. La vue d’une présence humaine remplit  soudain l’âme  d’aise et de mélancolie .D’aise car que seraient ces espaces  silencieux et verdoyants sans une telle  présence.. .Et de mélancolie ; tant la beauté du site renvoie à l’asymétrie de la misère ambiante .Ironie du contraste  .Pour faire diversion  l’esprit  actionne l’imagination. Evasion réaliste. Traverser  cette contrée à la végétation  luxuriante   remémore  de lointains souvenirs de la   Toscane-au centre de l’Italie- des régions des Balkans et plus loin les plaines du far ouest des Etats unis.
            Flash back :Deux siècles avant l’enfant  Jésus ;cette région  berbéro- numide marquait   les annales de ses empreintes.  Avec  son  Maitre  Massinissa  le  premier pan -africaniste  auquel on  prête  la célèbre assertion :«  l’Afrique aux Africains « ;en passant par    le roi Syphax  trahi par le pré cité Maitre .Motif : rivalité sentimentale  dont l’enjeu n’était  autre que la belle  Sophonisbe .. . Bouleversement  géostratégique aussi  :Rome  -grâce  à son allié de traître peut ainsi mettre sous sa coupe  la Numidie ; quitte à  livrer  au sort tragique la nièce de Hannibal . Lequel  sera battu  plus tard  à la bataille de Zama par Scipion  (dit l’africain par usurpation) .Mais  le leadership  de Massinissa et sa longévité  seront reconnues par ses vainqueurs. Elles dépasseront les frontières. La Grèce - dont il manie  la langue -lui dresse -à Délos- un mémorial.
        Jugurtha  son petit fils se moque plus tard  de la grandeur factice de la ville éternelle. Avant qu’il ne soit victime d’une autre trahison des siens .Il y  creva  enchaîné. Assoiffé et affamé.
          Cette terre  de Siliana perméable à l’érosion  prend  au coucher du soleil une couleur ocre. Peut  –on  oublier les  corps à corps sanglants dont elle fut le champ pour repousser les envahisseurs …
Balkans et la Toscane dans tout ça !
        Avec la  même topographie  -et moins  que ça - dans ces régions occidentales ont émergé   des installations merveilleuses : téléphériques  -gites - chalets –stations thermales .Içi  -en comparaison -presque rien. « Wallou  »Quelle déception . ! 
             Des cases  de fortune et des coupe rigoles datant d’avant la 2 eme guerre mondiale font office de  maigres vestiges d’installation.  Des troupeaux  se faufilent à travers  la flore odoriférante ; au bonheur des abeilles.
          A   une centaine kilomètres de Tunis -capitale le temps s’arrête .Un âne broute tranquillement  tandis que quelques jeunes de Ain  Boussaidia sont attablés sobrement sur la terrasse  du café Hazem . En face un  bureau  de poste  mal badigeonné. Un écolier -sorti de nulle part- charrie un cartable  bourré ..Seuls les appels à la prière du muezzin de la petite mosquée "halim" ponctuent  le métronome itératif du temps...
           Sous la hauteur pyramidale  écrasante ; des vieillards se  souviennent d’une autre bataille livrée en 1954 contre un  bataillon de l’armée coloniale française .Pourquoi . On l’ignore  -Mais ils ont  néanmoins  contraints  l’envahisseur à battre en retrait…L’honneur est sauf.
     Et le far ouest américain 
c ‘est grâce à des échantillons de semences recueillis dans cette région nord africaine que les States sont devenus un important producteur de sorgho dans le monde. L’autre  blé hivernal ; ils l’obtiendront des plaines  de Russie. Ironie de l’histoire : l’Afrique du nord qui fut des années durant le grenier de l’empire romain est devenue –de nos jours –importatrice  de céréales. Incapable d’assurer la sécurité alimentaire de sa population …
          Bientôt –pas étonnant que la  chine occupe également  le premier rang de  producteur  mondial d’huile d’olive grâce  au million de pieds  d’oliviers  fournis par la Tunisie contre un prêt bonifié ayant servi –dans les années 80- à édifier un  centre culturel dans  un quartier de la nouvelle bourgeoise citadinisée   ne se reconnaissant plus dans ses origines paysannes du Krib- Aroussia ou de Rouhia -pour rester dans la fascinante région de Siliana .
        A Djebal al Guitoun on passe à coté  d’une ancienne   unité de conditionnement d’eau minérale. Porte close .En cessation de paiement depuis 2009 .Elle est placée  dit –on  sous règlement judiciaire.  Pour la nouvelle unité  ultra-moderne de Bargou : Porte ouverte.Un bel exemple de la volonté d’entreprendre.
(c) Habib OFAKHRI

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