mercredi 8 février 2017

« KITSH 2011 »: Grandeur et déchéance de l’Homme

Si vous n’avez pas  lu « la trilogie (out-  Balthazar) d’Alexandrie « de Lawrence  Durrell, « la Plaisanterie » de Milan Kundera, « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen ou « l’Automne de la colère »de Mohamed H. Haykel , rassurez-vous. Le  roman « Kitsh 2011» de l’écrivain –et activiste politique ,Safi Said les condense en un opuscule (monumental) .
N’ayant rien  d’exotique -dans l’autre sens- les personnages sont familiers tellement  leurs caractères collent à l’espace méditerranéen, berceau des religions  révélées et de la démocratie. ..
    Deux thématiques autour desquelles s’articulent l’actualité du  présent, le devenir  de la région et l’avenir de la fragile planète.
Dans un style arabe fluide  et doux -amer ,« Kitsh 2011»  est un cri iconoclaste lancé à l’interface  du « printemps tunisien » et par extension arabe. 
     Il renvoie les élites politiques et culturelles à leur  miroir brisé par la bêtise et la schizophrénie ambiante. Des révolutions orphelines qui sombrent dans les magouilles de proto-politiciens prisonniers de l’ego surdimensionné et des manitous de la globalisation financière mus par la nouvelle économie et ses mantras de la démocratie et les droits hommistes.
 Face à la déferlante  des islamistes  fermés à tout dialogue et manipulés par le néo-empire pétro-dollarien et la géo-stratégie, seuls la paix, l’amour, l’éthique et l’art peuvent –semble-il - sauver les personnages. Subjectivement. Ceux-ci   règlent –trop tard- leur compte avec eux-mêmes. Ils réalisent  que les chrétiens  de l’occident dominateur-à présent - les ont devancés pour avoir  conquis la liberté d’expression par la réformation  plaçant  Dieu à sa place : le ciel .
    Leur foi dans le cœur. Sans haine ni surenchère.
    Repointe –toutefois- du nez un judaïsme exclusiviste .Et dire que tous les juifs-chrétiens  et musulmans oublient qu'ils descendent du même patriarche (sémite) :Abraham,Père d'une humanité  qui se dit monothéiste ...
De par leur fragilité, les personnages arrivent à tirer leur épingle d’un jeu d’échec -dont ils ne détiennent pas les ficelles – pour éviter de ne pas sombrer dans la déraison et la lâcheté  généralisées. Autant  que Cléa de Durrell ,l’auteur transcende   la solitude pour en faire  carrément un ultime refuge. Critique et hédoniste, Il les accompagne dans leurs  errements..
Son troisième œil  impitoyable les observe en contrepoint. Ils ne se rencontrent que pour se séparer, ne s’aiment éperdument que  pour se projeter dans le fantasme. Mais la conjoncture macabre finit toujours par  les rattraper. Insaisissable, l’ici et maintenant renvoie à l’ailleurs et au passé qui hantent, par ricochet, le présent  préfigurant l’avenir. Mais lequel ? Et si la révolution n’était qu’involution, la fiction se substituerait  à la réalité. Marx est mort .Dieu aux abonnés absents… Mais vigilance : ne jeter pas le bébé avec l’eau de bain même si de nos jours, elle parait trouble !
Captivant, ce roman à double entrée (contexte et méta- texte) ne se rangera  pas  de sitôt .S’il était traduit dans d’autres langues ainsi que la vingtaine d’ouvrages  de prospective, de relations internationales et de romans dus à sa plume, l’écrivain Tunisien  pourrait prétendre au mérite d'une nomination au prix Nobel de la littérature !
(c)oh
                                                                                                                                                
 KITSH 2O11 – Roman  de Safi Said

522 pages.Prix :25.700DT
Editions :sotumédias2016 TN

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