mercredi 15 avril 2015

Impressions africaines

Au Pays Des 2 M (MAPUTO- MOZAMBIQUE) 


La matinée du lundi 12 mai 2008 annonce une nouvelle journée chaude et humide sur Maputo. La veille, pourtant le ciel fut menaçant. Les traces du crachin intermittent se confondent avec les premiers rayons paresseux de l’astre du jour. Un temps digne du sud de l’Inde , tant la similitude atmosphérique est frappante alors que cette région et le Mozambique sont baignés - à des milliers de kilomètres nautiques- par les mêmes eaux de l’océan arabo- indien .Il va falloir se frotter les yeux pour se situer dans l’espace dans lequel on se meut.

Plus de 10.000 km ont été survolés depuis la veille quand j’ai quitté Tunis en passant par Paris, Durban et Johannesburg ( en Afrique du sud ) avant d'atterrir sur le tarmac de l’aéroport international de la capitale Mozambicaine. Et un avant goût : une vue aérienne nocturne offrait un panorama surdimensionné de cette ville toutes ampoules flambantes. Une ville anonyme comme toutes les cités du monde ,vues du ciel.

A peine franchies les marches du hall de l’hôtel , l’atmosphère reste lourde,en dépit d’un ciel dégagé…Déjà la nostalgie du climat méditerranéen s’empare du corps.La Tunisie toujours... 
     Mais ,courage , il faut avancer. Les Maputois sont des réveils tôt. Ils circulent à pas artistique et pressé .Des mômes , cartables en bandoulière prennent le chemin des écoles. Des femmes altières se fichent d’avoir le crâne écrasé sous le poids d’un baluchon qu’elles fixent sur la tête à l’aide d’une main pour donner l’autre à l’enfant qui suit la cadence de l’adulte. 
    Sans traîner. Les maigres citrons et ananas portés sont destinés à un modeste  étalage à même le sol et vendus à la criée pour assurer plus la survie que la vie.Ici subvenir à ses besoins vitaux relève d’une corvée quotidienne .C’est le prix de la dignité...

DIABLEMENT ASSIMILATRICE

Tandis que l’on palabre sur le prix d’une poignée de cacahuètes en monnaie locale le Métical ( 1 dinar tunisien est l équivalent de 20 méticals ).Une manière d’engager la conversation,des jeunes fraîchement rasés et de jeunes filles bien accoutrés s’engouffrent au hall du millénium, BIM ,  siège d’une banque à l’allure de gratte ciel trônant au centre la capitale .
     Les cireurs ont installé leur outil de travail. Par rangées de trois.Un marché de produits chinois à des prix défiants toute concurrence. Du troisième choix...

Des véhicules plusieurs marques circulent avec une dominante nippone et sud coréenne.Une circulation  anarchique aggravée par des feux de signalisation... en panne. La présence policière est quasi inexistante. Visibles, les flics  se déplacent en duo, kalachnikov bec au sol . Avec leur tenue ,ils se confondent avec les couleurs ocres des bâtiments de la ville .Peu de rixes sur la voie publique où les gens peuvent s’asseoir sur les marches des magasins pour échanger des nouvelles et rire  à gorges chaudes. Les artères et les avenues de la capitale portent les noms de camarades de la gauche « révolutionnaire ». De Samora MACHEL ,figure emblématique de l’indépendance du pays ( juin1975) jusqu’à Marx ,Lénine, Castro et  tutti quanti…

Bien que le pays ait épousé l’économie du marché et la démocratie libérale, les vestiges-symboles sont encore sur leur assise. De nombreuses bâtisses coloniales depuis que l’aventurier portugais Vasco de Gama eut accosté sur la cote est du pays.Il y de cela cinq siècles …

Des Arabes , des missionnaires  catho et des Hindous l’ont précédé faisant de la capitale une mosaïque de cultes où le minaret côtoie ,l’église et le temple. Tout cela fait de Maputo, une ville haute en couleurs, cosmopolite et diablement assimilatrice. 
    Des frontières poreuses de 4.571 km avec six pays d’Afrique australe font du Mozambique et de sa capitale un condensé de peuples africains, toutes ethnies confondues.Un microcosme  de la coexistence humaine..

Fait édifiant , sur les 22 millions que compte  alors le pays ,45 pc ont moins de 14 ans alors que l’espérance de vie tourne autour d’une moyenne de 40 ans pour les deux sexes. Selon l’Unesco , le taux d’alphabétisation ne dépasse guère les 48 pc.
Cette jeunesse  -belle et fière-n’était donc pas au monde lorsque leur pays baignait dans une mare sanglante de la guerre civile (1975-1992).Dix ans durant, une lutte sordide pour le pouvoir entre deux partis politiques de libération nationale : le Frelimo( front pour la libération du Mozambique) et le Renamo( la résistance nationale du Mozambique).
    Cette guerre fratricide en période de la guerre dite froide n’avait  içi rien de froid. Elle y a laissé , officiellement plus d’un million de morts, faisant de ce pays le deuxième a avoir souffert le martyr après le Cambodge des Khemers rouges. Dix huit ans après la signature d’un accord de paix entre les deux frères ennemis, le pays ne s’est pas encore débarrassé des séquelles des mines anti- personnel qui handicapent les personnes et le...  développement. 

AINSI SONT –ILS

Bien que le Portugais soit  langue officielle, les Mozambicains parlent au moins 40 dialectes.De quoi détrôner la tour de Babel !et pourtant, il est aisé d’entrer en contact avec eux , tellement la population est spontanée et pacifique. De grands fêtards …Lorsqu'ils se retrouvent après minuit aux abords du centre Chimoio , les filles et les garçons s’en donnent à cœur joie et se soucient peu des conséquences des coups de reins hasardeux...La bière 2M coule à flots et les rythmes de la musique afro-techno sont assommants pour les... tampons fragiles. Bilan:

officieusement, 10 pc de la population est séropositive. La guerre civile au Mozambique fait partie, désormais des reliques de l’histoire.Le pays enregistre une croissance du pib de 7 pc par an et surtout fait rare sur le continent, une alternance démocratique du pouvoir, grâce aussi à un valeureux patriote. L’ex président Joachim Chissano a quitté le pouvoir en 2004, la tête haute en plaçant l’intérêt du pays au dessus du sien.

Seuls Chissano, Nelson Mandela et le chantre de la négritude , Sédar Senghor ont déblayé de leur vivant la voie de la démocratie à leur pays respectif. Sur le continent africain demeurent en suspens ,50 conflits politico-ethniques  potentiels dans la lutte implacable pour le pouvoir temporel.Que de larmes et de souffrances en ...perspective.


L’AUTRE FACE DE LA MEDAILLE
Malgré les potentialités dont il dispose et la richesse de sa faune et de sa flore , le Mozambique compte encore des régions enclavées et des îlots d’une précarité criarde. La zone Mafalala, située sur l'interminable bretelle conduisant à l’aéroport fait rejaillir un contraste avec les cossues résidences qui bordent l’océan. ...Cependant, Maputo ne détient pas ce triste record d’un quartier rouge .

Les périphéries de la quasi-totalité des capitales africaines sont ceinturées par des populations aux conditions précaires que des murs de la honte n’arrivent pas à cacher. Dans cet univers , on réalise à quel point la misère associée au ventre creux fournit le terreau des révoltes, de la violence  et de l’auto destruction, sinon aux candidats du terrorisme national ou transnational. En côtoyant mes semblables durant ce bref séjour professionnel, j’étais subjugué par la beauté des sites naturels et l’amabilité des Mozambicains .Des vers du bohème Rimbaud ne cessaient de résonner dans la tête .Un amalgame de « sereine ironie " face à  l’éternel azur" .Ainsi, avance l’Afrique avec son ineffable  et les attentes  que portent  ses multiples contradictions . 
H.OF
(c)

jeudi 9 avril 2015

Terrorisme :En finir avec l’autodestruction


vendredi 6 mars 2015

TUNISIE –HYDROTHERAPIE


Une histoire d’O …

         Entre la Tunisie et l’hydrothérapie, une longue relation. Elle remonte à des millénaires. Surfant sur  un littoral de plus de mille kilomètres et  renfermant dans ses entrailles montagneuses  aussi bien que ses espaces steppiques et sahariens des ressources hydriques importantes  , le pays évolue dans une confluence  méditerranéenne privilégiée. Le savoir des pères de la médecine antique( du grec Hippocrate au romain Gallien) y trouvèrent résonance auprès de nos ancêtres, Gétules , Berbères ,sub-sahariens et autres.
      C’est  qu’utilisée à bon escient, l‘eau-source primordiale – préserve et transforme la  vie. Autant que les autres éléments ( air-terre et feu) qu’offre généreusement  dame nature aux espèces :animale, végétale et minérale.
        Alors que l’office national du thermalisme et d’hydrothérapie(ONTH) célébrera en Juin prochain son 40 ème anniversaire,les ressources hydrauliques n’ont pas cessé de dévoiler leurs secrets sur le double plan préventif et curatif et leur envergure  touristique et  développementale. Et pour cause. 
       A l’ère de l’homo-cyber,plus que jamais l’humeur et le corps de l’homme n’auront jamais été aussi malmenés .Stress,contraintes du mode socio-professionnel, fatigue, fast-foodisation des bedaines , pollution  sonore et environnementale et accélération  du factuel , sans cesse déprimant…Bref, une course contre la montre ( biologique) aux conséquences indubitablement désastreuses pour la santé mentale et physique des bipèdes terriens.
      QUE FAIRE ?
               Il faudrait apprendre à marquer des pauses et réfléchir sur la courbe exponentielle d’actes médicaux, d’Avc, d’ordonnances délivrées pour acquérir de tranquillisants et autres antidépresseurs  faisant de nos  pharmacies l’espace  public le plus achalandé après celui des hyper-marchés ….Sans vouloir la jouer au  fameux docteur-conseil Hakim, une alternative soft et à moindre cout existe ,du  moins pour des distorsions qui ne nécessitent une intervention plus sophistiquée : Eurêka : il s’agit de l’hydrothérapie. Avec le thermalisme, la thalassothérapie et les spas( sanita per aqua), la Tunisie offre une gamme variée de cures aux bienfaits inestimables et non moins  estimables sur l’esprit et le corps.
            De nos jours, la Tunisie occupe -après la France- la deuxième position mondiale dans le secteur de la Thalassothérapie .En matière de thermalisme, elle ambitionne de talonner la Suisse, trônant -à juste titre -en pole position. 
           Dans une vision prospectiviste, l’ambition  semble placer la barre plus haut .
          Élaborée par l’ONTH , une stratégie -à court terme-  s’articule autour des  axes suivants .
---l’inscription et la valorisation du thermalisme dans les projets de développement régional
---la distinction du produit hydro thérapeutique (curatif) du produit  touristique (de loisirs)
---la conformation et l’accréditation des centres nationaux  aux plus  standards des normes internationales 
---le renforcement du volet de la communication et du marketing ciblé
---l’assistance technique aux  professionnels et la consolidation de la formation et de la recherche scientifique
---l’agrément de nouveaux projets générateurs d’emploi et le lifting des installations existantes dans les gouvernorats de Kasserine,Ben Arous, Nabeul, Siliana,Kairoaun et ailleurs .
      La Tunisie entend ainsi bénir son eau bénite .Pour  que se perpétue féconde l’aventure Jouvence;comme pour paraphraser  Saint Augustin, l’enfant de cette terre : si la beauté du corps était l’âme , la   beauté de l’âme serait d’eau…
©Habib OFAKHRI


lundi 2 mars 2015

Hommage au linguiste Tunisien Salah Guermadi

SALAH GUERMADI, IN MEMORY
 

25 mars 1982- 25 mars 2015.Il y a 33 ans, jour pour jour,  Salah Guermadi fit son ultime révérence à la planète des terriens .Sans  la quitter. L’œuvre physique ou mentale perpétue l’esprit  des disparus   faisant  revivre le corps-substance- auprès de ceux en voie de les rejoindre. Tel est le cycle  inévitable de la création humaine : naitre, vivre et mourir. Ephémères Souffrances et Plaisirs.. .Outre l’absence d’un homme trépassé, tragiquement- avec un des ses compagnons (alias Djinn (le Démon) pour les intimes), la scène  aura perdu également  un poète, un romancier, un journaliste et un universitaire engagés.
      Mais il fut  surtout le fruit de son époque (coloniale) ,de son quartier Halfaouine( Médina de Tunis) et de l’école francophone où il a soutenu brillamment une thèse de doctorat en linguistique. La langue  constitue son dada , assurer  la subsistance , livrer bataille contre  l’exploitation  du travail par le capital et la dénaturation de la culture de son peuple auquel il  était organiquement attaché .C’est dire qu’il aura traversé des périodes contrastées  de la Tunisie ante et post-indépendance.Et comment pouvait-il les surmonter alors que le destin ne lui eut  pas laissé suffisamment du temps…
        Survolée la première époque ,  détour du coté de Halfaouine .Salah naquit le 12-04-1933 à Houmet Essouwahel (quartier des Littoraux).Il s’agit d’une rue –long et étroit couloir-dont l’ouverture donne , à l’est, sur la place d’une grande mosquée et à l’est, sur l’esplanade Sidi Abdessalem .Des familles y évoluent  silencieusement derrière des portes fermées  et bariolées ; en contraste avec  l’environnante activité grouillante , haute en couleurs et senteurs de vendeurs  de fleurs,de fripe, de condiments, de légumes et poissons, de brocante et autres babioles .Mais la topographie des lieux est plus évocatrice d’un milieu semi-clos .Dans la  rue, le passant  est interpellé par le  nombre d’impasses( Impasse de la toiture, celle du Noir ,d’Attouche,de Makhlouf…) .Les rares ruelles adjacentes conduisent à  trois  lieux de culte .Ils s’ajoutent à ceux de Saheb Attaba (le détenteur du sceau)et Abdesalem( l’homme de la paix).Une toponymie  quasi- claustrante  pour  un jeune homme .Coincé entre imprimatur et silence . Plus tard,il ne manquera  d’en déchiffrer le sens énigmatico-casse dans l’étude qu’il consacre à « La langue des enseignes de quelques rues importantes de Tunis » !
          En empruntant  la voie de  l’école occidentale, il sera   confronté au dilemme de la langue maternelle et  celle de l’occupant .Sa révolte est provisoirement contenue. A ceux qui lui ont  inculqué que ces ancêtres étaient des Gaulois, il réplique en 1975 par une  cuisante réplique : » Nos ancêtres les Bédouins »  avertissant l’autorité politique que « Quand le pays nous reviendra, nous serons à la hauteur du néant que vous ne fites et qui nous entoure » .Le néant.  La vox populi  gronde et s’explicite. Chez l’homme mature  le politique s’éveille, d’autant qu’ auparavant  il s’était  juré d’appeler un chat un chat (cf  son protopoetique   « la chair vive »).La langue  lui donne les ailes de  liberté , de la justice et l’amour de la patrie .Sa patrie.
D’OU VIENT L’ARABE ?
Il traduit  vers l’ Arabe  «  Je t’offrirai une gazelle » de l’ Algérien Malek Haddad( 1927-1978) ,ce  patriote « exilé dans l’exil » .Il pourfend  la fatuité  des néo-riches et la vanité des écto-intellectuels , ces  « Nous les sous signataires –professeurs et chercheurs -ayant peur de la Signature »…Parution de l’œuvre :  « Le cireur » et » le frigidaire »(publié post-mortem).
Pour la sémiologie , Guermadi  aura rendu de services inédits. Il  est l’instigateur  du premier  département de la linguistique dans la région afro-arabe .Il traduit «  les  cours fondamentaux » de F.de  Saussure ; un pavé  dans la mare des  théo-narratifs  qui « sacralisent » le Verbe .(« L’énoncé originel n’est pas questionnable sur sa cause », soutiennent t-ils ) .Soit. Si la cause reste hermétique, l’effet ne devrait –il pas fournir la piste de ses paradigmes. ? L’enjeu et l’entrejeu se rapportant   au registre de la conscience morale et la moralité : du mal et du bien ,du juste et l’injuste , du beau et du risible ,de l’anormal et le normal…Mais d’où  vient l’Arabe ?Hormis quelques travaux d’orientalistes  cautionnés par des auteurs tel que Georgy Zeindane  seul - à ma connaissance limitée-  l’arabophone accompli Ahmed F.Chediak (1804-1887)  a traité de « la philosophie de la langue » ,suivi de son  malicieux ouvrage intitulé «  Radioscopie du dictionnaire  « (Al Jassous Ala Al kamouss). Il aura  déstabilisé  une  chapelle  en rappelant, tel Aristote,  que la langue première de l’homme n’avait  pas de logique .Néanmoins, la logique aristotélicienne n’a pas résolu –pour autant-l’aporie. La langue n’est , selon le penseur arabe Aboulfateh ibn Jouniey ( 9ème siècle) « que de sons par lesquels les nations expriment leurs besoins » .  Avec le développement  de la phonologie et de la phonétique, le champ de la reconstruction étymologique s’ouvre aux linguistes. D’autres philologues arabes  avaient  déjà brodé  la trame syntaxique , stylistique(Sibaoueh et Al khalil ibn Ahmed) et la lexicologie (Ibn Mandhour  ).
           En effet, si par hypothèse, on admet que dans le grec (ancien) il y a du phénicien  lequel emprunte à l’assyrien ,lequel pique  à l’Araméen et l’arabe butine à l’hébreu, il devient aisé de remonter le tronc « sémite » commun pour  parvenir  à l’ apport ontologique  aux autres langues  proches dites « indo-européennes » ;sachant  également  que le Sanskrit hindou-dravidien ou le phersi( ancien)  doivent transiter  par l’Orient pour  atteindre l’Occident . ..
      Bien que polyglotte (arabe, français,anglais,russe et chinois ( ?), Guermadi s’est contenté d’un voyage –inachevé-  dans l’oralité et l’intertextualité  du bilinguisme local .Ne manquait que le Tifinaghe( berbère) à son palais !
         Révulsif à l’égard de tout courant traditionnaliste qui  vogue- à contre courant- des sciences psycho-sociales, il fut  co-fondateur de la  revue progressiste « Attajdid »( Le Renouvellement) .

ET QUID DU FRANÇAIS ?
          En dépit de sa propension à crier sa contenance (il n’a pas choisi sa date et  lieu de naissance ni ceux  de sa mort), Salah aimait la vie et s’émerveillait  devant la beauté inouïe des paysages de cette terre de Tunisie et les intonations dialectales de son peuple.
        Dans les années 80 ,il a élu domicile au village de Sidi Bou Said , face à la  grande bleue . Faut-il y voir un retour  à la rue Essouwahel ,au sens propre du dénominatif ?Possible .
        Résidant  à l’époque  le même  village où j’ai fait connaissance de la mère de mes enfants ;il m’arrivait de le croiser –quelques fois- le soir . Le temps de siroter –sur les nattes du Café homonyme-un thé à la menthe ; sur fond de  gargarismes du narguilé  et d’un air de  l’égyptien Salah (encore un ! )Abdelhay qu’affectionne SI Moncef,  le maitre des céans .Impressions :une barbe taillée  de marin méditerranéen , un érudit tranquille et impulsif  à la fois, toujours pressé et capable de balayer en une périphrase   un courant  soufi (mystique) , partir en tirade sur  Hegel ou les  « Fragments d’un discours amoureux »de R.Barthes dont la date de décès  , également tragique, à Paris en 1980  coïncide – curieusement-  un  25 mars  …
Salah se délecte en maniant  sa franco(fi)nie déroutante et caustique  dont le » je » se confond souvent avec le  « jeu » .Des maux dans les mots .Un langage dont  il a démonté   les ressorts .Il aiguise  ,par ricochet , la curiosité de ses rares interlocuteurs profanes …que nous fumes  et le sommes encore , sous la triple emprise de  l’agnostique , du mystique et du  matérialisme .
        A une encablure de sa rue natale,le regard du futur linguiste a du croiser l’écriteau,en blanc sur fond bleu qui indique « l’impasse du Français ».Un avatar d’une  autre tradition transplantée.
        Lors d’un débat  sur le bilinguisme, il reconnait  que «  c’est par l’intermédiaire de la langue française qu’il se sentait le plus libéré du poids de la tradition. » « Et c’est là que le poids de la tradition étant moins lourd, je me sens plus léger » (Revue Alif –Décembre 1971).Reconstructiviste,il participe à l’éclatement de la prosodie arabe classique l’accouchant d’une nouvelle fibre « po-éthique » transversale et universelle.Elle est classée dans le genre « ni vertical ni libre ».Improprement .
Flash-Cut :Pour un libre penseur , la tradition,  c’est  un référent  ankylosant  ou/et  un pied de nez  -en hommage décalé- aux impasses des rues de sa prime jeunesse . Ce quartier  d’artisans de sparte( halfa),  reste un épicentre  d’esprits d’envergure et d’ artistes talentueux. Salah Guermadi n’est  plus  avec  nous mais demeure parmi  ceux  qui s’intéressent, en épigones , à l’exercice –amusant- de  la  maïeutique linguistique. Parti en 1982,en avril prochain, il aura eu 82 ans . Que ses lecteurs et collègues le remémorent. Mes respects, Professeur.

  (c)Habib OFAKHRI
       Mars 2015.Il                                                                                                              est  minuit. 
                                                                                                                                                                                                                                   

                               "je pleure,non je ris" (dixit S;Guermadi)

lundi 9 février 2015

TUNISIE: LA NOIROPHOBIE?

Outre les sanctions contre  la Tunisie,le Maroc, et la Guinée équatoriale, la Coupe d’Afrique des nations ( CAN 2015) a eu des répercussions  collatérales, particulièrement à Tunis où des tifosis anti-fair play ont agressé verbalement et physiquement une dizaine d’étudiants sub-sahariens  dévoilant une « noirophobie » latente  à laquelle  le pays n’était pas  habituée.  
     Motif présumé : l’élimination du onze national aux quarts de finale de cette coupe .L’arbitre mauricien avait sifflé un pénalty très controversé en faveur de l’équipe de la guinée équatoriale, le pays hôte. Mais quel rapport ?.L’arbitre « injuste »était un homme de couleur et le public guinéen-équatorien « pas sympa » .Du coup , la passion s’est déchaînée et les affreux tifosis n’ont trouvé mieux  pour se  défouler que de s’attaquer  à tout homme de couleur, à leur passage .Sans discrimination. De valeureux jeunes étudiants venant de divers pays du continent ont payé les pots cassés. Gratuitement. Faute de certains énergumènes !La société civile a levé les boucliers pour dénoncer « ces actes barbares ».C’est que la question du racisme dans ce pays ne s’est  jamais posée en termes sociologiques. Premier pays  musulman à abolir l’esclavagisme depuis 1846 , la Tunisie a vu succéder sur son sol plusieurs vagues humaines. C’est une mosaïque de peuples qui se côtoient- jusqu’ici-sans problèmes et  sans  poser des questions  liées aux conditions des minorités.La révolution 14-01 a permis aux langues de se délier en ouvrant la boite de pandore sur des sujets qui fâchent (racisme-violence contre les femmes , homophobie, inégalité sociale et développement régional inégal…)
          Il y a lieu de relever que les agressions de ces affreux tifosis n’ont pas épargné des concitoyens (tunisiens) de couleur !. Toutefois,on ne déplore pas de  cas graves mais quelques blessés .


La famille de Funès et moi

« Ah ! que dois -je répondre au commissaire de police de mon arrondissement si je venais – à l’instant-d’être  cité en tant que suspect d’ un crime commis à Paris ? ».
    Ainsi s’interrogeait en monologue ,Louis de Funès en 1972 .En ce jour de canicule estivale avec 45 degrés à l’ombre, nous effectuions une randonnée sur les dunes  de sable au sud ouest Tunisien. Nous : le couple de Funès ,leur fils Patrick  exerçant  à Tunis son service militaire en tant qu’objecteur de conscience (secteur médical si bonne mémoire) et Bibi.
Un soleil d’aplomb et  l’acteur ne manquait d’aplomb.Mais qu’est ce qu’il l’a pris pour qu’une pareille  pensée lui passe par la tête ? Sa femme à la silhouette frêle et peu disserte admirait en silence le défilement des vagues de sable. Le land Rover semble avancer vers l’inconnu en avalant l’un après l’autre les obstacles (friables) de la nature. Au loin, un bédouin en turban noir conduit son dromadaire vers l’ouest. Émerveillement. Le désert n’est jamais vide et de telles rencontres fortuites sont rassurantes pour  la survie. Mais où va-t-il ?
      De Funès tire un petit appareil photo  (dernier cri, dit-il) et clique sur l’obturateur. Une discussion s’en suit avec le fils  sur les appareils reflex .Patrick donne l’impression de s’y connaitre .
---Mais le bidule dont tu parles coûte horriblement cher, rétorque le père.
---Combien ? reprends-je par curiosité sans même connaitre le nom de la marque
---Oh, plus de 5OO Francs !!
  Je n’étais pas surpris par le prix mais étonné par le fait qu’un acteur aussi célèbre (donc riche)ne puisse  se permettre d’acquérir un tel appareil.
        De Funès a débuté au cinéma après la deuxième  guerre, c'est-à-dire bien avant que je vienne au monde. Lorsqu’il  joue un rôle dans  « Ah !les belles bacchantes » .En 1954 ,j’étais encore au téton. Se retrouver à son côté me comblait d'un sentiment inédit.
L'immensité de l'espace laisse voguer l'imagination et la réflexion dans toutes les directions...

Sous le ciel accablant, la conversation a viré  sur la guerre du Vietnam qui n’en finit pas avec son lot  de « victimes innocentes »  et « ces abrutis soldats yankees »….Avec ses petits yeux  brillants,  Monsieur de Funès  pétille d’intelligence. Son discours structuré  et anti- guerre  rappelle l’enthousiasme des pacifistes de l’époque. Point d’envolées ni de  virevoltes. Il est clair que nous étions  en présence de la personne et non du personnage campé au cinéma. Une rencontre humaine et sincère. Sans apprets.En pouvait il  être autrement dans un espace de liberté fantasque, sans horizon….
N’en demeure pas moins qu’au retour, je me suis permis de l'interpeller  sur son interrogation-inquiétante et  »le suspect du crime et du… commissaire ».
---Oh ce n’est rien , dit –il, j’imaginais juste le  scénario d’un film où un homme était  accusé d’un crime commis à Paris alors que son homonyme était  à cette heure à mille lieux de la scène en train de traverser un bout de votre magnifique Sahara .
(Rires) .Plus tard, je devais rencontrer Patrick, toujours longue chevelure, à Tunis capitale où il m’a introduit au cercle fermé des coopérants français qui se retrouvent chaque samedi aprem -au jardin du Belvédère - pour faire la fête et danser jusqu’aux petites heures du matin. Nostalgie d’une belle époque ! Dans les salles de Tunis on projetait » Les aventures de Rabbi Jacob » et plus  tard à Paris :« l’aile ou la cuisse » de  Zidi( 1977).Le rideau était  tombé sur la guerre  du Vietnam  au bilan apocalyptique .
L’annonce de la  mort en 1983  de Louis m’a affligé. En juillet , je célébrais - à ma manière saharienne- le souvenir de notre  rencontre estivale et le centenaire de sa naissance.RIP
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