« Ah ! que dois -je répondre au commissaire de
police de mon arrondissement si je venais – à l’instant-d’être cité en tant que suspect d’ un crime commis à
Paris ? ».
Ainsi s’interrogeait en monologue ,Louis de Funès en
1972 .En ce jour de canicule estivale avec 45 degrés à l’ombre, nous
effectuions une randonnée sur les dunes
de sable au sud ouest Tunisien. Nous : le couple de Funès ,leur
fils Patrick exerçant à Tunis son service militaire en tant
qu’objecteur de conscience (secteur médical si bonne mémoire) et Bibi.
Un soleil d’aplomb et l’acteur ne manquait d’aplomb.Mais qu’est ce
qu’il l’a pris pour qu’une pareille pensée lui passe par la tête ? Sa femme à
la silhouette frêle et peu disserte admirait en silence le défilement des vagues
de sable. Le land Rover semble avancer vers l’inconnu en avalant l’un après
l’autre les obstacles (friables) de la nature. Au loin, un bédouin en turban noir conduit
son dromadaire vers l’ouest. Émerveillement. Le désert n’est jamais vide et de
telles rencontres fortuites sont rassurantes pour la survie. Mais où va-t-il ?
De Funès tire un
petit appareil photo (dernier cri,
dit-il) et clique sur l’obturateur. Une discussion s’en suit avec le fils sur les appareils reflex .Patrick donne
l’impression de s’y connaitre .
---Mais le bidule dont tu parles coûte horriblement cher,
rétorque le père.
---Combien ? reprends-je par curiosité sans même connaitre
le nom de la marque
---Oh, plus de 5OO Francs !!
Je n’étais pas surpris par le prix mais étonné par le fait qu’un acteur aussi célèbre (donc riche)ne puisse
se permettre d’acquérir un tel appareil.
De Funès a
débuté au cinéma après la deuxième guerre, c'est-à-dire bien avant que je vienne
au monde. Lorsqu’il joue un rôle dans « Ah !les belles bacchantes » .En 1954 ,j’étais encore au téton. Se retrouver à son côté me comblait d'un sentiment inédit.
L'immensité de l'espace laisse voguer l'imagination et la réflexion dans toutes les directions...
Sous
le ciel accablant, la conversation a viré
sur la guerre du Vietnam qui n’en finit pas avec son lot de « victimes innocentes » et
« ces abrutis soldats yankees »….Avec ses petits yeux brillants, Monsieur de Funès
pétille d’intelligence. Son discours structuré
et anti- guerre rappelle
l’enthousiasme des pacifistes de l’époque. Point d’envolées ni de virevoltes. Il est clair que nous étions en présence de la personne et non du
personnage campé au cinéma. Une rencontre humaine et sincère. Sans apprets.En
pouvait il être autrement dans un espace
de liberté fantasque, sans horizon….
N’en demeure pas moins qu’au retour, je me suis permis de l'interpeller sur son interrogation-inquiétante et »le suspect du crime et
du… commissaire ».
---Oh ce n’est rien , dit –il, j’imaginais juste le scénario d’un film où un homme était accusé d’un crime commis à Paris alors que
son homonyme était à cette heure à
mille lieux de la scène en train de traverser un bout de votre magnifique
Sahara .
(Rires) .Plus tard, je devais rencontrer Patrick,
toujours longue chevelure, à Tunis capitale où il m’a introduit au cercle fermé
des coopérants français qui se retrouvent chaque samedi aprem -au jardin du
Belvédère - pour faire la fête et danser jusqu’aux petites heures du matin.
Nostalgie d’une belle époque ! Dans les salles de Tunis on
projetait » Les aventures de Rabbi Jacob » et plus tard à
Paris :« l’aile ou la cuisse » de Zidi( 1977).Le rideau était tombé sur la guerre du Vietnam au bilan apocalyptique .
L’annonce de la mort en 1983 de Louis m’a affligé. En juillet , je
célébrais - à ma manière saharienne- le souvenir de notre rencontre estivale et le centenaire de sa
naissance.RIP
(
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