lundi 9 février 2015

La famille de Funès et moi

« Ah ! que dois -je répondre au commissaire de police de mon arrondissement si je venais – à l’instant-d’être  cité en tant que suspect d’ un crime commis à Paris ? ».
    Ainsi s’interrogeait en monologue ,Louis de Funès en 1972 .En ce jour de canicule estivale avec 45 degrés à l’ombre, nous effectuions une randonnée sur les dunes  de sable au sud ouest Tunisien. Nous : le couple de Funès ,leur fils Patrick  exerçant  à Tunis son service militaire en tant qu’objecteur de conscience (secteur médical si bonne mémoire) et Bibi.
Un soleil d’aplomb et  l’acteur ne manquait d’aplomb.Mais qu’est ce qu’il l’a pris pour qu’une pareille  pensée lui passe par la tête ? Sa femme à la silhouette frêle et peu disserte admirait en silence le défilement des vagues de sable. Le land Rover semble avancer vers l’inconnu en avalant l’un après l’autre les obstacles (friables) de la nature. Au loin, un bédouin en turban noir conduit son dromadaire vers l’ouest. Émerveillement. Le désert n’est jamais vide et de telles rencontres fortuites sont rassurantes pour  la survie. Mais où va-t-il ?
      De Funès tire un petit appareil photo  (dernier cri, dit-il) et clique sur l’obturateur. Une discussion s’en suit avec le fils  sur les appareils reflex .Patrick donne l’impression de s’y connaitre .
---Mais le bidule dont tu parles coûte horriblement cher, rétorque le père.
---Combien ? reprends-je par curiosité sans même connaitre le nom de la marque
---Oh, plus de 5OO Francs !!
  Je n’étais pas surpris par le prix mais étonné par le fait qu’un acteur aussi célèbre (donc riche)ne puisse  se permettre d’acquérir un tel appareil.
        De Funès a débuté au cinéma après la deuxième  guerre, c'est-à-dire bien avant que je vienne au monde. Lorsqu’il  joue un rôle dans  « Ah !les belles bacchantes » .En 1954 ,j’étais encore au téton. Se retrouver à son côté me comblait d'un sentiment inédit.
L'immensité de l'espace laisse voguer l'imagination et la réflexion dans toutes les directions...

Sous le ciel accablant, la conversation a viré  sur la guerre du Vietnam qui n’en finit pas avec son lot  de « victimes innocentes »  et « ces abrutis soldats yankees »….Avec ses petits yeux  brillants,  Monsieur de Funès  pétille d’intelligence. Son discours structuré  et anti- guerre  rappelle l’enthousiasme des pacifistes de l’époque. Point d’envolées ni de  virevoltes. Il est clair que nous étions  en présence de la personne et non du personnage campé au cinéma. Une rencontre humaine et sincère. Sans apprets.En pouvait il  être autrement dans un espace de liberté fantasque, sans horizon….
N’en demeure pas moins qu’au retour, je me suis permis de l'interpeller  sur son interrogation-inquiétante et  »le suspect du crime et du… commissaire ».
---Oh ce n’est rien , dit –il, j’imaginais juste le  scénario d’un film où un homme était  accusé d’un crime commis à Paris alors que son homonyme était  à cette heure à mille lieux de la scène en train de traverser un bout de votre magnifique Sahara .
(Rires) .Plus tard, je devais rencontrer Patrick, toujours longue chevelure, à Tunis capitale où il m’a introduit au cercle fermé des coopérants français qui se retrouvent chaque samedi aprem -au jardin du Belvédère - pour faire la fête et danser jusqu’aux petites heures du matin. Nostalgie d’une belle époque ! Dans les salles de Tunis on projetait » Les aventures de Rabbi Jacob » et plus  tard à Paris :« l’aile ou la cuisse » de  Zidi( 1977).Le rideau était  tombé sur la guerre  du Vietnam  au bilan apocalyptique .
L’annonce de la  mort en 1983  de Louis m’a affligé. En juillet , je célébrais - à ma manière saharienne- le souvenir de notre  rencontre estivale et le centenaire de sa naissance.RIP
(


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