Ezzedine Hazgui : Une mémoire des années de braise.
Le 14 Avril 1978, un loupiot du nom de Jawher griffonne une missive affective à son géniteur, l’absent –présent et prisonnier politique confiné dans une geôle de la Tunisie post-indépendance.Le pater n’est autre que le militant « perspectiviste » Ezzedine Hazgui.
Après avoir écopé de 2.000 jours bonifiés –illégalement- de 48 heures, en mémorialiste il saisit ,4O ans plus tard ,sa plume pour restituer une chronique de ces années de braise marquées par la chasse aux militants de la gauche socialo-Trotskyste adeptes du matérialisme dialectique. Lesquels sans s'apparenter à des « vipères lubriques » sont qualifiés par le régime Bourguibien de « troublions, pécheurs en eau trouble » .
Après avoir écopé de 2.000 jours bonifiés –illégalement- de 48 heures, en mémorialiste il saisit ,4O ans plus tard ,sa plume pour restituer une chronique de ces années de braise marquées par la chasse aux militants de la gauche socialo-Trotskyste adeptes du matérialisme dialectique. Lesquels sans s'apparenter à des « vipères lubriques » sont qualifiés par le régime Bourguibien de « troublions, pécheurs en eau trouble » .
Intitulé « Les lunettes de ma Mère » ,l’ouvrage interpelle ,de prime abord par l’illustration de sa couverture due à l’artiste Fériel Lakhdar.Il se présente ,ensuite sous forme d’un chapelet qu’égrène une trentaine de scènes sur la filature policière, les arrestations, la torture ,les audiences ,les grèves de la faim ,les mitards et les séjours dans les cellules .
Sans atermoiements ni vengeance, l’ex-détenu de « la vox populi » y accouche d’un testament de conviction et de courage ,sans se départir d’un sens de l’humour et de la lucide relativisation .Pour la catharsis et le témoignage...
Des flash-backs se succèdent confondant le réel et l’onirique avec la connivence de ses nombreux camarades.De geôle. Ils discutent ,rigolent et transcendent leur situation par l’ observation critique ,torpillant -par la dérision raisonnée- une règle du jeu inégal.Et quand bien même clos, le milieu de la prison offre des moments cocasses et des détails tragi-comiques ..
Parmi des dizaines d’autres, la scène de la chouette de « hathout « à la douche est révélatrice ( de la sexualité de la misère),tout comme celle du partage du moro(le pain ) et des cigarettes…
L’enjeu de la politique n’étant autre que la conquête du pouvoir .Seulement une fois conquis, ce sésame n’entrouvre une fenêtre que pour fermer des portes. Qu’en faire et comment faire ?
« Les perspectivistes » Tunisiens- puristes évoluaient alors dans une conjoncture de la guerre froide et des discours « révolutionnaires » de Radio Tirana ,dénigrant la montée de l’impéralisme et ses laquais capitalistes . Ils préconisaient la création d’un « noyau d’une armée populaire » ,alors que la Tunisie tentait de clore le chapitre de la pseudo-querelle entre Bourguiba et Ben Youssef ( tous deux militants du mouvement de libération nationale )et de mettre un pied dans la sphère néo-libérale.
« Les perspectivistes » Tunisiens- puristes évoluaient alors dans une conjoncture de la guerre froide et des discours « révolutionnaires » de Radio Tirana ,dénigrant la montée de l’impéralisme et ses laquais capitalistes . Ils préconisaient la création d’un « noyau d’une armée populaire » ,alors que la Tunisie tentait de clore le chapitre de la pseudo-querelle entre Bourguiba et Ben Youssef ( tous deux militants du mouvement de libération nationale )et de mettre un pied dans la sphère néo-libérale.
Surchauffés par le Nassérisme et les fondamentalistes orientaux ,les nationalistes arabes et plus tard des puristes religieux du MTI ,à présent Ennahda, sont tombés dans la même erreur ,en plaçant la barre haute dans un pays moyennement riche et à majorité sous éduquée...
Au « brave » peuple, Bourguiba a promis « la joie de vivre »,Ben Ali « la république de demain » et la révolution de la Brouette14/01,la liberté en attendant la dignité.Un travail au quotidien attend encore tout citoyen (ne)sur le chemin de la réappropriation de soi..
A travers les lunettes de sa mère et en souvenir de la poire promise, Ezzedine Hazgui, écrivain libre et esthète demeure fier du combat désintéressé qu’il a mené avec ses camarades( étudiants, syndicalistes et marginaux ) en faveur de la justice et des libertés .
IL l’est autant à l’égard de Jawher, un enfant -le sien - studieux ( premier de sa classe),intègre ( scène du portefeuille ) et espiègle(scénario de fuite de la prison)et franc (scène du Ramadan)....
(c)oh
« Les lunettes de ma mère »-213 pages
Editions :mots passants-2018-Prix :15D
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