vendredi 6 février 2015

Michel Polnareff à Nefta!


Michel Polnareff et Moi

      C’est toujours à Nefta , au sud ouest Tunisien. Et le chanteur Michel Polnaneff avait déjà sorti des tubes tels «  love me ,please love » ,«  on ira tous au paradis » et constitué son fans club. Voix douce et pianiste –guitariste accompli.
           En 1973 , il débarque dans ce bout du monde pour se ressourcer. D’autres icônes avant  et après  lui y ont pris leur bain de jouvence et  des tempos de détachement        Pour mémoire, on citerait Simone  de Beauvoir, Jean Villars, Brigitte Bardot,Louis de Funès, Zefferilli ....et bien d’autres  politiques (Bourguiba,Kikonen, Edgar Faure ,Couve de Murville ...) etc..  
          Avoir l’opportunité de côtoyer  ces personnages en chair  et en os relève plutôt du privilège, alors que tant d’autres adolescents et adultes de mon âge ( à peine vingt printemps) en rêvaient ..
         Mieux, n’étant pas sous pression du star système, ils étaient à leur aise et bien  décontractés.
         A rappeler qu’à cette époque il n’y avait pas d’aéroport dans la région.Ces personnalités se tapaient plus de 500 km en voiture pour rejoindre  les paisibles palmeraies du sud mitoyens d’ un désert de sable et de sel. Au no man’s land...A la recherche de l’insolite et/oude l’authentique.
           Michel était accompagné d’une blonde plantureuse : une incarnation d’Athéna dont l’unique armure ne sont autres que ses bijoux de famille.La semaine passée  au mythique  « Sahara palace » était un faridon non stop.Portant des lunettes noires (sa griffe)aux contours blancs , une chemisette à fleurs et un fendard bariolé, un Mich pas du tout du genre dégonflant .
Il était plein de malice et de curiosité.
        Nos tribulations nous ont mené au Sahara et dans les oasis de montagne de Chebika et de Tamerza.Une occasion pour bavarder sur un ouvrage de J.Duvignaud et la  rencontre avec  des villageois cités dans le bouquin . L'auteur du"Chat Sauvage"et sociologue a  romancé les caractères .Mais bon ..pour la sociologie culturelle..
    Nous avons rencontré la vieille dame qui « pissait debout » et les révoltés du système coopératif et déconstructif  de la société oasienne ancestrale. Face à l’immensité et la clarté  du paysage ,j’espérais que  Michel allait ôter ses lunettes noires  m’offrant discrètement cette  «  exclusivité ».Que dalle . !
         Sa dulcinée passait ses journées à se prélasser  en tenue d’Eve au soleil sur la terrasse de la chambre en s’adonnant parfois à la mandoline (à en croire une indiscrédition voyeuriste).Il faut dire que rien que les rayons solaires  y prêtent à  la  chatouillasse…En abordant le sujet  avec  Michel, il nie (par ignorance) admettant ,toutefois, qu’elle était portée sur le ripolinage du candélabre( caresse buccale).Bof ! C’est leur  affaire et d’ailleurs  de quoi je me mêle  si l’ami n’avait pas l’esprit  ouvert et sympa...
         Michel voulait ensuite se rendre à Tozeur parce que  je lui avais parlé la veille de l’existence dans  mon  bled natal , d’un petit coin- jardin dénommé «  le paradis »  et d’un devin reconnu par son don de la chiromancie.
--Eh Habib , ce soir on ira au paradis, lance – t-il
--Vois-tu Michel , je ne  fais  pas partie  de la communauté  promise à l’Eden , mais nous avons un problème .
--Lequel ?
--La voiture.
C’est qu’à l’époque il n’y avait pas d’agence de location et les deux véhicules de l’hôtel  sont montés sur Tunis pour « un transfert »de clients .Tout Nefta comptait au total  quatre ou cinq tacots .Le barman a du nous louer une 404 Peugeot  que son frangin éboueur a rapatrié de France et qu’il n’a pas pu ramener parce que  tombée en panne . Réparée ensuite et demeurée sans suite..
        24 kms  sépare Tozeur de Nefta.Affaire conclue ,mais il nous faut un chauffeur ? Sans avoir de permis sur lui Michel prend le volant et ajuste ses lunettes noires  alors que je m’attendais  ce qu’il allait les enlever pour  me les confier et que  je puisse    bénéficier du sccop !C’est raté .A ce moment un plan a germé dans ma tête .Nous avons fait les 24 K dans une franche joie  chantant à haute voix et  ironisant sur tout…Peut être ,étions nous un peu éméchés ou exaltés par le sentiment de liberté que seul l’espace saharien fantasque offre aux esprits dont le sérieux relève du frivole.
Première étape : visite du devin :SI Ammar , un personnage pieux ne parlant que l’arabe et l’hébreu. Je servais de traducteur. C’était le moment propice pour mettre à exécution  le plan.
---Michel ,s’il te plait  avant de tendre la main du cœur  à Monsieur,   enlèves tes lunettes.
Il  applique  calmement les « instructions » ,à la lettre .Dés lors, une autosatisfaction m’emplit.Enfin!..
On lui prédit de bonnes nouvelles sur le plan sentimental et de moins bonnes sur le plan financier. Plus tard ,Michel me demande directement si je croyais personnellement au don divinatoire.
---Non, pour moi c’est de la salade, mais je respecte le sentiment de ceux qui y croient.
Deuxième étape : visite du fameux Paradis. Pas de saints ni de putains et encore moins des assassins ....Tour du jardin où poussent quelques espèces florales et des palmiers dont les palmes dessinent sous les reflets de la lune des lettres et des formes indéchiffrables. Pas de boisson alcoolisée non plus. Le patron des lieux Si Amor  propose un sirop de grenadine qu’il jure fabriquer sur les lieux. Avant de payer la note, Michel  se ressaisit  :
-»Sur les lieux », dit -il, je veux visiter l’atelier.
Visiblement embarrassé, le maître des céans avance l’excuse de la non possession de la clé ... Clin d’œil complice .On règle et quittons les lieux.Tous les touristes se font arnaquer d’une manière ou d’une autre…Retour sur réflexion.
---Pourquoi ne crois-tu aux forces supra-naturelles  des devins, interroge Michel, sur la route du retour.
- C’est simple ami. Ici , dans mon bled circulent tellement de légendes à faire dormir debout.
--C'est à-dire…
---Dans cet espace évoluent  des hommes libres. Sans frontières . Physiques et mentales. Ils n’ont jamais entendu parler de censure. Leur  récit est puisé à la source de deux horizons parallèles qui se confondent et divergent en même temps. Un espace d’allégorie du désert d’éther et du ciel diaphane. D’ailleurs, les grandes fumisteries  sont nées dans les régions arides. Un Moise traversant par  baguette magique la mer , un Christ ressuscité marchant sur l’eau( mirage) et un Mahomet  transporté en éclair ailé au 7 ème ciel...
---Tu délires, je ne comprends pas  ,explique toi.
---Tiens , l’an dernier s’était déroulée -in situ -une édition de Miss Europe.Des dizaines de naïades ont débarqué dans la région. La légende dit que celle qui prend un bain dans les eaux  de la source jaillissant du Belvédère à Tozeur retrouve sa virginité. Tintin !toutes les filles se sont ruées  à l’eau !Vos magazines  people  ont publié des photos de ces belles filles en maillot de bain avec en arrière fond des palmiers verdoyants et de l’eau ruisselante.
---Et alors ?
---Alors , c’est bonnement du bluff pour permettre aux organisateurs de ce concours de beauté de marketer  une nouvelle marque de string et de maillots de bain.Point barre.
---Et le bluff dans tout ça ?
--Plutôt la réalité …J’ai eu une aventure physique avec une de ces miss et elle n’était pas vierge pour autant…
---Sacré garçon , toi!
---Sacré artiste ! Fais attention à la route..
      Retour à Nefta.Sa nana  était pointée à la réception .Nénés  en relief , à l’opposée de la  poupée de cire, elle ne fait pas "non …non"...
---Bonne nuit et n’attrapez pas des mouches !
---A demain et merci mille .
A  leur  départ, j’ai remis à Michel Polnareff les manuscrits de deux ou trois poèmes  que m’inspiraient   la nuit et la solitude  d’un adolescent .Elles  ne sauraient être remplies que par la  présence féminine complice et sans être docile.
© ho

p.s Plus tard ,j'écoutais son tube"Le désert n'est plus en Afrique ".Mais qui était "ho" ?

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